2 novembre 2014 : Lecture par la Présidente de l’Advule.

Introduction à l’histoire de l’Ukraine-Gilles Dutertre-
(NB : les chiffres actuels sont de 2014 mais incluent bien évidemment la Crimée)
En août 1991, après l’échec du putsch de Moscou, le monde politique fut le témoin de la renaissance de plusieurs Etats européens, dont l’Ukraine. L’actuelle Ukraine s’étend sur un territoire de 603 549 km2 (ce qui fait d’elle le plus grand Etat entièrement en Europe) et compte 45 400 000 habitants.
Comment a-t-il pu se faire qu’une Nation d’une telle importance soit passée inaperçue durant les XIXe et XXe siècles ? Alors qu’il n’en avait pas toujours été ainsi. Par exemple, en 1051, le Roi de France Henri 1er avait épousé Anne, fille du souverain de Kyiv, qui fut même à un moment Régente du royaume de France. On citera encore Hryhor (Grégoire) Orlyk, fils de l’hetman des Cosaques Pylyp Orlyk, chancelier de Mazeppa, qui fut général au service de Louis XV, puis conseiller pour les questions d’Europe orientale au Ministère français des Affaires Etrangères.

Ce qui est aujourd’hui l’Ukraine fut d’abord dénommé Rus’, terme qui tire probablement son origine de la langue varègue. Car si la région était peuplée de Slaves orientaux, ce sont des Varègues (ou Vikings opérant à l’est), menés par Rurik, qui, au IXème siècle, organisèrent un Etat dont la capitale était déjà Kyiv. En contact avec l’Empire Byzantin, dont elle sera un partenaire commercial et militaire, elle en reçut des éléments culturels importants dont le Christianisme. En 988, le Grand-Prince Volodymyr le Grand épouse Anna Porpphyrogénète, sœur de l’Empereur byzantin, reçoit le baptême et impose à son peuple le Christianisme orthodoxe de rite byzantin, auquel il demeurera fidèle après le schisme de 1054.
La Principauté de Kyiv, sous la direction de sa dynastie scandinave des Rurikides, qui au XIème siècle l’Etat le plus vaste d’Europe, crée une civilisation florissante qui fut le premier Etat « ukrainien ».
Mais la maison régnante se divisa en plusieurs branches et l’Etat fut partagé en plusieurs principautés. En 1240, elles furent incapables de résister aux hordes mongoles de Batu Khan. Dans l’ouest, initialement protégé des invasions, se créa au XIIIe – XIVe siècle une principauté de Galicie-Volhynie, mais qui devint finalement elle aussi un vassal de l’Empire mongol.
On rappellera que, lors de l’invasion de la Rus’, Moscou, fondée au XIIème siècle, n’était qu’un avant-poste commercial de la Principauté de Vladimir-Souzdal.

A partir du XIVe siècle, le Grand-duché de Lituanie repousse les Mongols et prend possession de la majeure partie des territoires de la Rus’, bordant la Mer Noire de 1382 à 1484. Le Royaume de Pologne, lui, prend possession de la Galicie, où la noblesse locale se polonise et se convertit au catholicisme. C’est d’ailleurs en réaction à cette assimilation que se formèrent les Cosaques Zaporogues à partir principalement des paysans ruthènes orthodoxes fuyant les obligations envers les seigneurs. La Pologne les tolère et, bien que les Cosaques soient relativement incontrôlables, elle les utilise contre les Tatars puis contre les Ottomans.
Parallèlement, la ville de Moscou commença à s’élargir sous Daniel Moskovski (1261 – 1303), devenant principauté (1263 – 1328), puis Grande-Principauté (1328 – 1547). En 1547, c’est Ivan IV dit le Terrible, grand-prince de Moscovie, qui prend le titre de « Tsar », et émet des prétentions à l’héritage kiévien de la Rus’. Rappelons que le terme de Russie, Rossia en russe, ne devint officiel pour désigner la Moscovie que sous le règne du tsar Pierre 1er, à la fin du XVIIème siècle. En élargissant son territoire, la Moscovie se heurte au Grand-duché de Lituanie qui doit, pour contrer l’invasion, s’unir à la Pologne par l’Union de Lublin (1569), formant ainsi la République des Deux Nations. A cette occasion, la majeure partie des territoires ukrainiens actuels sont transférés du Grand-duché de Lituanie au Royaume de Pologne.

A partir de la fin du XVIe siècle eurent lieu plusieurs soulèvements des cosaques zaporogues contre la noblesse polonaise. En mai 1648, allié aux Tatares de Crimée et aux Moscovites, l’hetman cosaque Bohdan Khmelnytskyi bat les Polonais, ébranlant la stabilité de l’union lituano-polonaise. Ce soulèvement aboutit à la naissance d’un territoire cosaque autonome qui prend le nom d’Ukraine (« Marches », « frontière »), le territoire étant alors aux confins de la Pologne.
Le Traité de Pereïaslav en 1654, par lequel Khmelnytskyi voulait s’assurer l’appui militaire russe, signifia en fait le rattachement de l’Ukraine à la puissance russe des Cosaques de la rive gauche du Dniepr, avec le rétablissement du servage. Les Cosaques de la rive droite subirent les trois partages de la Pologne-Lituanie (1772, 1793 et 1795) et l’occupation de leur territoire par l’Empire de Russie et par l’Empire autrichien. A long terme, la polonisation des classes supérieures fut remplacée dans la partie russe par la russification de la société. L’Oukase d’Ems de 1878 interdit même l’impression des livres en langue ukrainienne. Le sort des Ukrainiens était meilleur sous les Autrichiens.

Le 22 janvier 1918, tout comme les Etats baltes et la Finlande à la même époque, les Ukrainiens proclament leur indépendance au sein de la République populaire ukrainienne. Cependant, l’offensive bolchevique contraint le gouvernement à quitter Kyiv dès le mois suivant. En mars 1918, par l’armistice de Brest-Litovsk, Lénine livre l’Ukraine à l’Allemagne, laquelle autorise le retour du gouvernement à Kyiv. Il s’ensuit toutefois une période de troubles et, en 1920, les bolcheviques finissent par l’emporter sur les autres belligérants. La partie ex-russe de l’Ukraine est intégrée à l’URSS créée le 30 décembre 1922. La partie ex-autrichienne est intégrée, elle, à la Pologne en 1921.
La brève période d’indépendance s’était traduite par un retour à l’ukrainisation, mais, dès l’intégration dans l’URSS, Staline s’employa à réprimer le moindre signe d’un réveil national ukrainien. Les répressions, déportations en Sibérie et exécutions se succèdent, culminant avec la grande famine provoquée par la collectivisation forcée des terres, le Holodomor (extermination par la faim) en 1932-1933, dont les estimations les plus raisonnables font état de 4 à 5 millions de morts, décimant la paysannerie ukrainienne.
En conformité avec le pacte Molotov-Ribbentrop du 23 août 1939, les soviétiques s’emparent des territoires jusqu’alors occupés par la Pologne, la Galicie et la Volhynie qui sont rattachées à la RSS d’Ukraine le 1er novembre 1940.

Dès 1929 avait été créé à Vienne l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN), parti politique dont la branche la plus importante à partir de 1940 est l’OUN-B de Stepan Bandera. En 1942 est créé son bras armé, l’UPA (Armée Insurrectionnelle Ukrainienne) qui luttera pour l’indépendance de l’Ukraine contre les trois ennemis qui occuperont successivement l’Ukraine : la Wehrmacht allemande, l’Armia Krajowa issue de la résistance polonaise et l’Armée rouge (jusqu’en 1954). Le 30 juin 1941, l’OUN avait déclaré à Lviv l’indépendance de l’Ukraine, mais Hitler ne reconnut pas le nouvel Etat et le nouveau gouvernement (dont Bandera) est arrêté et déporté en camp de concentration nazi, après l’attaque de l’URSS par son ancien allié nazi, alors que les Allemands avaient été accueillis plutôt favorablement, en libérateurs, tant le régime soviétique était oppresseur et criminel.
A partir de 1943, l’Union soviétique reconquiert l’Ukraine. Des purges ont lieu en 1946-1947 et 1951-1952, la collectivisation (forcée) est instaurée en 1948 – 1950. D’autres purges auront lieu en 1972-1973 contre les intellectuels ukrainiens, la russification est renforcée. Le 26 avril 1986 a lieu la catastrophe de Tchernobyl, les prisonniers politiques sont relâchés à partir de 1988. Le 24 août 1991, après l’échec du putsch de Moscou, l’Ukraine déclarera son indépendance pleine et entière. Le 1er décembre 1991, un référendum ratifiera cette indépendance à 90,5 %. La semaine suivante (8 décembre 1991), l’URSS cesse d’exister.

On évoquera enfin le mémorandum de Budapest (5 décembre 1994) par lequel l’Ukraine acceptait de se défaire au profit de la Russie de son énorme stock d’armes nucléaires, hérité de l’URSS. En contrepartie, l’Ukraine obtenait de la Russie, des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, rejoints ultérieurement par la Chine et la France, que soient garanties sa sécurité, son indépendance et son intégrité territoriale. Y compris donc celle de la Crimée, rattachée à l’Ukraine le 19 février 1954 par un décret de Nikita Khrouchtchev pour marquer le tricentenaire du traité de Pereïaslav.

Au cours de plus de onze siècles d’histoire, on a donc vu que l’Ukraine a été souvent occupée par ses voisins et a toujours combattu pour conquérir ou défendre sa souveraineté. Ce combat continue aujourd’hui.
« L’Ukraine a toujours aspiré à être libre… » disait déjà Voltaire au XVIIIème siècle !

 

Saint Jean du Puy

Le sentier des Ukrainiens à Peynier

Institut des invalides de la Légion étrangère de Puyloubier

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