Le 2 novembre 2016

Sous un ciel d’azur, le chemin encore frais nous a conduit dans la Garenne emplie de verdure en cette fin  d’automne.

Le Rocher, maintenant paré des ses deux kaléna*, attendait fièrement notre hommage.

 

 

Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus,

Monsieur le général Guignon, Messieurs les officiers et les sous-officiers,

Monsieur le Lieutenant-colonel directeur de l’ILE de Puyloubier,

Monsieur le Président de l’Amicale des anciens légionnaires de la Légion étrangère,

Messieurs les Présidents des associations patriotiques, anciens combattants et combattants volontaires,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

 

C’est pour commémorer le 76ème anniversaire de la démobilisation de nos pères, oncles et grands pères que nous nous retrouvons aujourd’hui, au pied de ce Rocher dans la Garenne de Peynier.

Venus d’une patrie, de tous temps objet de convoitise de ses voisins proches, nos parents ont été contraints, tant économiquement que politiquement, à un exil qu’ils espéraient temporaire.

Lorsqu’en 1939 la France se trouva confrontée à la menace hitlérienne,  l’ambassadeur de Pologne en France lance un appel à la mobilisation de tous les ressortissants polonais en France, y compris les Ukrainiens possédant un passeport polonais.

Mais Il a fallu attendre le 4 janvier 1940 pour qu’un accord soit signé entre Daladier, Président du Conseil français et Sikorski, chef des armées polonaises exilé en France. Cela concernait 84 000 hommes. Mais quelques milliers, par leur ténacité, ont obtenu la possibilité de s’engager dans la Légion étrangère et c’est alors qu’ils unirent leur destin à celui de la France.

Les 5000 retenus ont rejoint principalement les 21ème, 22ème et 23ème Régiment de marche des Volontaires Etrangers. Ils ont participé à la Campagne de France dans les Flandres, sous Sedan, sur la Somme (mai 1940) et jusque sur la Saône (juin 1940) laissant sur les champs de bataille des centaines de tués et de nombreux blessés.

On assistera même à la dernière résistance  « pour l’honneur de l’Armée française » dans la région de Lyon, le 19 juin 1940 qui a été l’œuvre des Légionnaires ukrainiens d’un bataillon de marche formé à Sathonay et des Tirailleurs  du 25ème Régiment de Tirailleurs sénégalais, au sein d’un groupement aux ordres du Général de Mesmay.

Le 17 juin le Maréchal Pétain demande un armistice aux Allemands.

Le 19 juin 1940, les Allemands entrent dans Lyon. Toute résistance est inutile. Les légionnaires survivants se replient sur Grenoble.

Depuis le 20 juin, les légionnaires ukrainiens battent en retraite vers Grenoble et le 22 juin 1940 ils apprennent que la convention d’armistice franco-allemande à été signée.

Le 24 juin, un bataillon de 900 Ukrainiens est conduit en train à Aix en Provence.

Le 27 juin, ils partent à pied à Fuveau en espérant être démobilisés.

Le 8 juillet ils arrivent à Peynier. C’est  en attendant leurs papiers de démobilisation qu’ils gravèrent sur ce Rocher ce Tryzoub et le peignirent en bleu et jaune.

Il reste aujourd’hui le témoin d’une Ukraine qui n’a jamais renoncé à ses légitimes aspirations à la Liberté; il incarne ses idéaux d’indépendance et de fraternité.

Nous pouvons également lire sur un Rocher un peu plus haut, ce vers extrait d’un chant révolutionnaire d’Ivan Franko  « Nam pora dlia Oukraïni jit » –il est temps pour nous de vivre pour l’Ukraine-

Il faut préciser  que certains Ukrainiens reprendront le combat en 1944 en rejoignant la Résistance ou à nouveau la Légion étrangère afin de ne pas être rapatriés de force dans une Ukraine devenue soviétique ; ces Ukrainiens  sont un exemple de la reconnaissance et de l’intégration d’immigrés devenus « fils de France, non pas par le sang reçu mais par le sang versé »

En ce jour de souvenir, nous, enfants des ces volontaires Ukrainiens, sommes fiers que nos pères aient appartenu à la grande famille de la Légion étrangère remarquablement représentée en cette assemblée.

Nous sommes reconnaissants à la France pour la lumière et l’espérance qu’elle a placées dans leurs cœurs.

Aujourd’hui ce sont près de 100 volontaires Ukrainiens qui sont sortis de l’anonymat et qui ont percé le mystère du Rocher.

 

Pour clore cette belle journée du souvenir, à Puyloubier, nous avons partagé un excellent déjeuner avec nos amis légionnaires et leur famille à l’Institut des Invalides de la Légion étrangère. Qu’ils soient tous remerciés pour leur accueil.

Ci-joints les remerciements des Anciens combattants ukrainiens et de l’ATO (Opération anti-terroriste) à notre invitation

remerciements-des-anciens-combattants-ukrainiens

 

*kalena-obier Les signes d’appartenance à des communautés sont souvent inspirés d’animaux mythiques ou de symboles végétaux. On songe ainsi au chardon des Ecossais, au poireau des Gallois, au trèfle des  Irlandais ou à l’obier des Ukrainiens. Ce dernier étant sans doute le moins connu.

La Viorne-Obier ou Viburnum opulus fleurit en mai – juin en donnant des fleurs blanches en corymbes. Après la floraison, de petites grappes de baies rouge vif restent longtemps sur l’arbuste et font le bonheur des oiseaux pendant l’hiver.
En ukrainien, on l’appelle kaléna (калина), c’est aussi un prénom féminin.
Outre ses vertus décoratives, médicinales et gustatives, on  consomme ses baies sous forme de gelée. La kaléna s’identifie au peuple ukrainien ainsi qu’en témoignent certains chants populaires. Le plus connu s’intitule « L’obier rouge dans la prairie» et s’est imposé comme hymne non officiel.

Ой у лузі червона калина

https://www.youtube.com/watch?v=yuvGeMYmsug

« Dans la prairie, l’obier rouge a courbé la tête
Notre glorieuse Ukraine est en peine
Mais nous  redresserons l’obier rouge
Et nous rendrons la joie à notre Ukraine
 »

L’identification de l’obier à l’Ukraine a acquis force de symbole,  ce qui n’avait pas échappé aux autorités soviétiques qui avaient mis ce chant à l’index.

Envers et contre tous… la tradition perdure, et si vous apercevez des baies rouges de  kaléna au détour d’un chemin, pensez à l’Ukraine éternelle.

                                                                                                                         ****

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Rendez-vous l’année prochaine pour chanter « Mnohaya lita »  version (2).

(1)  https://www.youtube.com/watch?v=QBYTG0r2nD8

(2)  https://www.youtube.com/watch?v=92rjTZ5lytE

 

 Saint Jean du Puy

 

Sentier des Volontaires Ukrainiens. Peynier

 

Institut des invalides de la Légion Etrangère. Puyloubier